Interpréter une oeuvre de Rossini: de Guillaume Tell à Moses

L’opéra Guillaume Tell

Dernier opéra de Rossini, Guillaume Tell a été écrit en 4 actes. Donné pour la première fois à l’Opéra de Paris en 1829, cette œuvre est très longue, environ 4 heures. Du coup, l’opéra est la plupart du temps coupé pour arriver souvent à l’équivalent de 3 actes.

Tout le monde connaît en général l’Ouverture et le Final. Peu de gens écoutent l’intégralité de cet opéra.

En effet, le cinéma et les publicitaires ont largement utilisé le passage mélodique qui a transformé et réduit l’opéra de Rossini à une sorte de caricature musicale dans le thème du Lone Range dans Orange mécanique.

Pourtant comme tout opéra, celui de Rossini nous raconte une histoire liée au personnage historique de Guillaume Tell dans la Suisse du Moyen Age contrôlée par l’Autriche.

Dans l’Acte I, Rossini nous communique les sentiments de résistance des Suisses face à l’envahisseur autrichien. La mise en scène d’un mariage entre une princesse autrichienne et un patriote de la cause suisse ne fait que précipiter les deux clans dans l’affrontement.

Dans l’Acte II, Guillaume Tell essaie par tous les moyens de détourner Arnold, le jeune prétendant amoureux de l’autrichienne Mathilde, de son amour pour l’engager plus en avant dans la cause de son pays.

L’Acte III présente une exacerbation des tensions et des conflits entre les deux camps. Mis au défi, Guillaume Tell exprime sa méfiance dans un des arias les plus célèbres de l’opéra. L’Acte se termine par son emprisonnement.

Dans l’Acte IV Arnold veut venger la mort de son père. Il mène la révolte des Suisses contre les Autrichiens  et aide à la libération de Guillaume Tell. L’opéra se conclut avec la réunion des deux amoureux ainsi qu’un hymne à la liberté et à la nature.

Cette exaltation patriotique et la délivrance finale expliquent souvent que des simplifications grossières et des interprétations à l’emporte-pièce aient fini par dénaturer un opéra difficile à jouer et à interpréter.

Ainsi même la première interprétation donnée en 1829 lors de sa création avait été très critiquée par Berlioz qui dans sa correspondance n’hésita pas à affirmer :

Je crois que tous les journaux sont décidément devenus fous : c’est un ouvrage qui a quelques beaux morceaux, qui n’est pas absurdement écrit, où il n’y pas de crescendo et un peu moins de grosse caisse, voilà tout. Du reste, point de véritable sentiment, toujours de l’art, de l’habitude, du savoir-faire, du maniement du public. […] Et l’on ose porter cela plus haut que Spontini !

La difficulté de l’interprétation de Guillaume Tell est sans doute de ne pas tomber dans les clichés de la grosse cavalerie et des chanteurs écrasés par un orchestre symphonique.

Si Carlo Maria Giulini offre une très belle interprétation qui respecte l’équilibre entre les instrumentistes et les voix, mon choix va plutôt vers la version de Karl Ancerl qui réussit à créer une véritable atmosphère, sans trop de sentimentalité ou de grosse caisse. Dans cette version, on peut ressentir toute la profondeur d’un opéra novateur.

Le contexte historique de l’opéra de Rossini

40 ans seulement après la Révolution française et juste après la débâcle de l’Armée française à Waterloo en 1815, l’opéra de Rossini prend tout son sens. En effet, le peuple français a très vite associé cet opéra avec les thèmes de justice et de liberté. Guillaume Tell est ainsi devenu le symbole de l’indépendance nationale et de la justice sociale. Cet opéra ne doit pas seulement exprimer l’exaltation des sentiments patriotiques. Il s’agit aussi de transmettre un sentiment fort de nostalgie et de mélancolie dans un contexte historique qui a pu décevoir certains des plus patriotes.

Considérer l’opéra Guillaume Tell de Rossini uniquement comme un symbole du patriotisme exalté est donc réducteur. Cela ne met pas en valeur toute l’innovation de la musique de Rossini qui ouvre la voie à de futurs compositeurs comme Wagner. C’est une nouvelle conception de l’opéra dans lequel l’orchestre et les chanteurs jouent à part égal.

Chez les violonistes connus, Paganini avait composé des variations sur le thème de l’opéra Moses de Rossini dont le solo est joué en général par le violoncelle. Yehudi Menuhin l’a pourtant interprété au violon avec brio en 1938.

Une fois de plus, le violon, instrument de prédilection de l’orchestre symphonique, est aussi un instrument de choix pour interpréter la musique des plus grands compositeurs d’opéras comme Rossini.

 

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